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Mettre fin au scandale éolien  

Credit:  Claude Charron, président du RDDA, Regroupement pour le développement durable des Appalaches | Le Soleil | www.lapresse.ca ~~

Le lobby industriel de l’éolien vante les mérites de cette filière. Qu’en est-il vraiment ? Comparer la mise en service de la Baie James à l’implantation de centrales éoliennes pour assurer l’indépendance énergétique du Québec relève de la fraude intellectuelle et du canular. Rien n’a été et est encore aujourd’hui plus lucratif pour les Québécois que l’électricité produite par nos barrages, des infrastructures publiques qui font partie de notre patrimoine.

À l’inverse, rien, en matière d’énergie, n’aura autant contribué à l’appauvrissement des Québécois que l’implantation d’éoliennes sur le territoire; des infrastructures privées produisant une énergie non fiable (intermittente), non rentable et inutile puisque des surplus historiques sont prévus pour les 15 à 20 prochaines années. Hydro-Québec peine à écouler ces énormes surplus à 4 cents/kWh (prix moyen obtenu en 2012) alors que l’énergie éolienne lui coûte 11 cents/kWh (13,3 cents/ kWh pour le dernier appel d’offres). Pour la seule année 2013, des pertes de 300 millions$ sont prévues pour l’achat à perte de cette énergie.

L’industrie affirme que l’éolien fait partie des solutions d’avenir au Québec et qu’elle l’a déjà prouvé. L’éolien est la solution de quoi ? Où et quand cela a-t-il déjà été prouvé ? Les énergies renouvelables, l’éolien en particulier, ont d’abord et avant tout été retenues pour leur contribution à la réduction des GES en partie responsables des changements climatiques. Plusieurs études sérieuses et indépendantes concluent à un apport peu ou pas significatif à la réduction des GES par les éoliennes de grande puissance. Rappelons que 97% de l’énergie produite au Québec est de source hydro-électrique, une énergie abondante et renouvelable se comparant avantageusement à l’éolien en terme d’émissions de GES. Le ministère des Ressources naturelles (MRN) a reconnu, sous les libéraux, que la réduction des émissions de GES n’était pas la raison pour l’implantation de cette filière mais bien plutôt la création d’emplois et le développement régional. Qu’en est-il vraiment ?

Au Québec, l’industrie affirme que 4 000 emplois dépendent de l’éolien. Ce que l’industrie ne dit pas c’est que la majorité de ces emplois sont temporaires ou indirects et qu’une fois les carnets de commande vides les emplois en usine disparaitront en conséquence. Les données recueillies sur les sites d’Hydro-Québec et du MRN sont révélatrices, au mieux 600-700 emplois pourraient être générés pour la gestion et l’entretien des projets éoliens. À supposer qu’Hydro-Québec puisse vendre cette énergie excédentaire au prix moyen du marché, ces emplois seront subventionnés à raison de 1 million$/emploi/année. L’achat supplémentaire de 700 MW d’énergie éolienne exigé par l’industrie ne ferait que maintenir la filière éolienne sous perfusion financière et aggraver considérablement l’hémorragie de fonds publics pour l’achat à perte des 3 000 MW déjà octroyés par les libéraux.

Les porte-paroles de l’industrie affirment qu’il ne faut pas quantifier les surplus d’électricité et arrêter de se désoler des surcoûts de l’éolien. C’est plutôt exactement ce qu’il faut faire ; évaluer de façon rigoureuse l’état actuel du marché et ses tendances afin de prendre des décisions éclairées sur la pertinence d’investir davantage dans ce secteur. Les analyses démontrent que les contrats fermes d’achat d’énergie renouvelable (éolien, mini centrales et biomasse) causeront à Hydro-Québec des pertes de 4,5 milliards $ d’ici 2020; autant de dividendes qui ne seront pas versés au gouvernement.

Avec comme conséquence majeure une hausse de 25% du tarif résidentiel au cours des 4-5 prochaines années, principalement causée par le déficit éolien. Les 4,1 millions clients d’Hydro-Québec acceptent-ils de subir d’importantes hausses annuelles pour supporter une industrie qui ne rapporte rien ? Le gouvernement a-t-il fait une analyse coûts-bénéfices de l’éolien, indépendamment des chiffres fournis par l’industrie ?

L’industrie argue que les surplus d’électricité, loin de constituer un problème, sont plutôt une occasion d’affaires pour attirer d’autres industries grandes consommatrices d’énergie. Le Québec a toujours été une terre de prédilection pour la grande entreprise en offrant des tarifs préférentiels d’électricité parmi les plus bas au monde, une réalité indépendante des surplus qui nous coûtent une fortune. Rappelons que la Centrale de cogénération de Bécancour coûte à Hydro-Québec 200 millions $ par année pour ne pas produire en raison des surplus (pertes de 900 millions $ depuis 2008 avec encore dix ans au contrat). Le Plan d’action 2011-2020 du gouvernement libéral démontre que l’électrification de 25% du parc automobile québécois consommerait moins de 2% de la production annuelle d’Hydro-Québec ; un pas dans la bonne direction mais avec très peu d’incidence sur les surplus actuels.

Au-delà de ces considérations économiques extrêmement défavorables, les nombreux coûts sociaux et autres conflits d’usage associés à l’implantation d’éoliennes de grande puissance en milieu habité rencontrent une forte opposition dans les communautés visées (division sociale, dévaluation marchande des propriétés, atteinte aux paysages patrimoniaux, nuisance sonore, atteintes prouvées à la santé et à la qualité de vie, baisse des activités récréo touristiques, etc). Une situation vivement dénoncée par le PQ lorsqu’il était dans l’opposition.

L’Institut Fraser, une importante firme canadienne de recherche en politique sociale et économique, a mis en garde les gouvernements de ne pas succomber à la folie éolienne qui fait perdre des milliards en fonds publics. Au cours des dernières années, un consensus fort d’économistes et d’analystes en énergie ont sévèrement dénoncé la filière éolienne comme étant un gouffre financier en raison des surcoûts et des surplus. Dès son accès au pouvoir, l’actuel gouvernement a courageusement décrété la fermeture de Gentilly 2 jugée trop onéreuse au coût de 10,5 cents/kWh et, tout récemment pour les mêmes raisons, a abandonné les projets d’achat d’énergie à 8 cents/kWh de six minicentrales hydroélectriques (83 MW pour des pertes de 24 millions $ par année. Or le gouvernement hésite à mettre fin à de nouveaux achats d’énergie éolienne qui généreront des pertes supplémentaires de plusieurs centaines de millions $. Qu’il soit privé, communautaire, coopératif ou nationalisé, rien ne justifie un tel gaspillage.

De privilégier une industrie hautement déficitaire à coups de milliards de dollars de fonds publics porterait un dur coup à la crédibilité du gouvernement et constituerait un manquement grave à son mandat de représenter et de défendre les intérêts de ses citoyens. Dans un contexte de coupures budgétaires et de surplus historiques d’énergie, il a le devoir de mettre fin au scandale éolien qui contribue à appauvrir les consommateurs et à creuser davantage l’énorme dette des Québécois.

Claude Charron, président du RDDA

Regroupement pour le développement durable des Appalaches

Source:  Claude Charron, président du RDDA, Regroupement pour le développement durable des Appalaches | Le Soleil | www.lapresse.ca

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