L'éolien offshore britannique trop cher
[UK offshore wind too expensive -- click here for English translation]
Selon Centrica, sans aide supplémentaire, l’objectif d’énergie renouvelable fixé pour 2020 sera difficile à atteindre.
C’est la plus grande centrale éolienne offshore au monde. Construites au large des côtes du Lincolnshire, dans le nord-est de l’Angleterre, ses 54 énormes hélices étaient censées être la clé de l’avenir énergétique britannique. Le pays, entouré par la mer et très venteux, a tout d’un paradis éolien, avec 40 % des « réserves de vent » d’Europe. Et Centrica, qui a construit le projet, le met systématiquement en avant dans ses publicités.
Mais la centrale de Lynn et Inner Downsing pourrait bien être l’une des dernières de son genre en Grande-Bretagne. Techniquement, elle est opérationnelle et sa production sera, comme prévu, de 180 mégawatts à l’issue des travaux qui s’achèveront dans les prochaines semaines. En revanche, les coûts de construction de l’éolien offshore ont soudain fait un bond, en Grande-Bretagne, d’environ 70 % en deux ans, selon Centrica.
La centrale de Lynn et Inner Downsing a été construite pour 320 millions de livres (350 millions d’euros), soit un ratio d’environ 180 millions pour 100 mégawatts. Mais Centrica affirme que ses prochains projets se chiffrent actuellement à 300 millions pour 100 mégawatts. « Nous avons de nombreux autres projets dans l’éolien, mais nous ne les construirons que si les coûts baissent », prévenait le mois dernier Sam Laidlaw, le directeur général de Centrica.
La crise serait responsable de cette situation. « La chute de la livre sterling renchérit fortement le prix de l’équipement et des turbines, qui sont toutes fabriquées à l’étranger, explique, à « La Tribune », Nick Luff, son directeur financier. De plus, lever des capitaux revient plus cher aujourd’hui. » Sans compter que la chute des prix du gaz et du pétrole rend les centrales conventionnelles comparativement plus rentables.
Mais l’éolien offshore pose aussi des problèmes techniques. Seuls deux constructeurs au monde maîtrisent vraiment cette technologie?: l’allemand Siemens et le danois Vestas. « La maintenance est nettement plus fréquente que prévue », explique Nick Rau, de l’association Friends of the Earth. Enfin, le réseau électrique britannique pose problème?: une grande partie du vent est « disponible » en Écosse, mais le transport de l’électricité vers le sud de l’Angleterre, où se situe la demande, s’avère très délicat.
Urgence
Or le décollage de l’éolien est désormais urgent. La Grande-Bretagne s’est engagée à produire 15 % d’électricité renouvelable d’ici à 2020 alors que cette proportion n’est que de 2 % aujourd’hui. Elle doit donc progresser plus vite que n’importe quel autre pays de l’Union européenne. Mais Centrica refuse de se lancer dans d’importants travaux sans aide supplémentaire. « Il faut que quelque chose change, estime Nick Luff. Soit l’environnement économique s’améliore, soit il faut que nous bénéficiions d’un régime plus favorable. Sinon, cet objectif sera particulièrement difficile à atteindre. » Downing Street ne peut rester insensible à la demande d’une entreprise qui gère actuellement trois projets d’éolien offshore, un de 250 mégawatts qui a reçu l’autorisation de construction en novembre, et deux autres d’environ 500 mégawatts chacun.
Pour le gouvernement britannique, le sujet est d’autant plus important que le pays se situe à un virage dans sa politique énergétique. Dans les quinze prochaines années, l’essentiel de ses centrales nucléaires et une grande partie de ses centrales à gaz vont devoir fermer. S’il ne fait pas le choix de technologies « propres » pour les remplacer, il faudra attendre la génération suivante de centrales électriques pour réduire les émissions de CO2. Soit bien trop tard pour atteindre les objectifs prévus pour 2020?
Éric Albert, à Londres
La Tribune — 11/03/2009
Built far off the coast of Lincolnshire, in northeast England, its 54 enormous propellers were supposed to be the key to the British energy future. The country — surrounded by the sea and very windy — is a wind energy paradise, with 40% of the wind resources of Europe. Centrica, who built the project, systematically put that forward in its advertisements.
But the central Lynn and Inner Downsing facility may well be one of the last of its kind in Great Britain. Technically, it is operational and its production will be, as planned, up to 180 megawatts at the end of the work in coming weeks. However, the cost of building offshore wind suddenly leapt, in Great Britain, about 70% in two years, according to Centrica.
The Lynn and Inner Downsing facility was built for 320 million pounds (350 million euros), a ratio of about 180 million per 100 megawatts. But Centrica claims that its next projects are currently estimated at 300 million per 100 megawatts. “We have several other wind power projects, but we will not build them unless costs are reduced”, warned Sam Laidlaw, director general of Centrica, last month.
Offshore wind also brings technical problems. … “Maintenance is more frequent than expected”, explained Nick Rau of Friends of the Earth. Finally, the British electric grid brings problems: Much of the wind is “available” in Scotland, but the transmission of electricity to the south of England, where the demand is, proves to be very touchy.
Tags: Wind power, Wind energy
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